Compte Rendu du CRE Nord Pas de Calais septembre 2018

Cher(e)s collègues,                                                                                                                               
Nous vous transmettons, le déroulé factuel du Comité Régional d’Etablissement sans commentaires ni interprétations,  laissant ainsi uniquement place aux propos et informations de la Direction Régionale. 
 Verbatim :
 » le résultat net est passé de -41 417 k€ en 2016 à -33 751 k€ en 2017(résultat qui comprend la quote-part du siège). »- » Néanmoins, au niveau national, le résultat net de l’AFPA est très dégradé avec un fort niveau d’endettement »–  » La politique actuelle de la région évolue vers des appels d’offres au coup par cou »- » Malgré tout nous sommes dans une situation de reprise de commandes avec 15 000 places  sur 3 programmes dont la dynamique vers l’emploi soit 420 parcours pour 1M€ avant le 31 12″- » SIEG est un marché d’une durée de 5 ans. »- » Prépa Compétences  (PC) :  7 nouveaux centres en septembre »-« L’action n’est pas vendue à l’heure mais à la demi-journée »- « Eura texchnologies : Le centre de Roubaix s’est positionné avec succès contre des concurrents directs de type Simplon ou Open Classroom » – « pas de trou de système comme on le craignait entre le CIF et le CPF en 2019 « –
  » il y avait 3 ou 4 formateurs sans activité avant les vacances estivales. Mais à ce jour, il n’y en a pas. »–  » Signature d’un accord sur le télétravail au mois de juillet – mais condition de validité non remplie »- » Egalité homme femme: engagement unilatéral de la direction d’une année du 15 09 2018 au 15 09 2019″
Votre Equipe Régionale : 
André THOMAS  DSR – Carole LOGEZ DSE Dunkerque Hazebrouck –

« En direct du CCE extraordinaire du 13 juillet 2018 »

La CFE CGC a voté oui aux orientations stratégiques car nous savons que l’Afpa aujourd’hui ne peut pas aller plus loin dans son mode de fonctionnement actuel. 
Si on le conservait, à raison de 3 à 400 CDI en moins tous les ans, à raison de 100 à 200 Millions d’euros de perte par an, il n’y aurait plus d’Afpa en 2025 après -15 ans de gel des salaires (en suivant la tendance actuelle). Ce n’est pas ce que veut la CFE CGC. 
Nous voulons une Afpa autonome, une Afpa responsable, une Afpa en phase avec les besoins de son environnement. Combien d’entre-nous sont sans activité ? Combien d’autres sont en suractivité ? Les uns et les autres souffrant devant tant d’injustice du à l’attentisme de la gouvernance.
 Pour la 1ère fois, dans le cadre d’un EPIC, l’Etat majoritaire au conseil d’administration prend ses responsabilités. Il faut être clair, n’importe quelle entreprise normale, dans notre situation financière aurait déposé le bilan depuis longtemps. Heureusement que l’EPIC, pour lequel nous sommes les seuls à avoir voté OUI, est là pour nous sauver….temporairement. Car ce qu’a voulu l’ancien gouvernement n’est pas forcément ce que souhaite le gouvernement actuel.
 Dans l’immédiat, oui, nous regrettons que ces orientations stratégiques ne soient que conceptuelles. Mais on sait pourquoi : le gouvernement n’a pas encore arbitré le mode de financement de ses interventions tant dans le domaine RH, que dans nos organisations et dans nos projections d’activité.
 Le seul crédit important que l’on peut lui donner est la mise en place de Prépa Compétences qui avec ses 100 Millions d’Euros estimés de CA par an fait partie des bonnes nouvelles de ces 10 dernières années avec les 220 M€ d’obligations associatives en 2012 et la création de l’EPIC en 2017. Mais ce n’est pas pour cela que avons pu rembourser ces 220 M€ d’obligations en totalité. De plus, concernant notre situation juridique, l’histoire démontre que l’EPIC n’est pas forcément un statut à durée illimitée (Cf La Poste).
 Mais en tout état de cause, quelles que soient les décisions prises, la CFE CGC s’évertue à croire qu’il est possible de changer, pour le bien commun, avec une vision à long terme.
 La seule condition de cette réussite est d’embarquer la capacité et la volonté des salariés sur des propositions claires et loyales de la direction, avec l’unité syndicale nécessaire  pour réussir collectivement.
 Le courage syndical sera de prouver une vision positive et éclairée pour le bien de tous.
 

« En direct du CCE des 27 et 28 juin 2018 »

Suite au message du 21 juin, nous avons fait l’objet de vives attaques personnelles. Selon nous, c’est une manière de détourner les yeux des véritables problèmes. Mais nous avons également reçu des centaines de messages de soutien. La CFE CGC se contente de citer les faits et d’en donner son interprétation. Que nos analyses soient divergentes de certaines autres OS est plus que compréhensible

Devant l’étendue du désastre économique, nos prises de position font partie du débat démocratique. Elles se veulent réalistes, constructives et porteuses de solutions.

 Ø  Il y a 2 ans, nous avons suggéré à la direction et aux syndicats de mettre un plan Marshall RH sur la base du volontariat.

 Plutôt que perdre 100 à 150 Millions d’Euros par an de manière inéluctable, financée par de l’endettement, nous estimons qu’il vaut mieux investir ces sommes dans de l’accompagnement, de la formation et des départs voulus – basés sur l’ancienneté avec des mesures incitatives, telles que des rachats de trimestre. Tout ceci, grâce à l’effet Noria ( différence de masse salariale entre les sortant et les entrants), peut permettre de recruter massivement sur des nouveaux métiers.

Ce n’est pas une histoire de jeunes contre les vieux. Mais on a le droit de regarder les chiffres tels qu’ils existent : 649 salariés ont moins de 40 ans, 767 plus de 60 ans dont 53 entre 65 et 70 ans. 14 d’entre eux ont été mis à la retraite d’office par l’employeur en 2017 à l’âge de 70 ans. Où voit-on cela ailleurs ? Si nous voulons parler d’avenir, nous syndicalistes, devons aussi  nous arrêter sur des solutions ( Comment trouver des solutions ? Comment recruter ? Comment intégrer des nouveaux métiers, des nouvelles filières ? …), plutôt que de les subir.

Nous sommes passés de 11000 à 7500 salariés en 10 ans  et nous vivons un plan social déguisé ( près de 200 ruptures conventionnelles et licenciements par an).

Dans ces conditions, pour la CFE CGC, penser et réfléchir à demain sur une notion de stratégie d’entreprise est la meilleure manière de respecter ceux qui travaillent. Une manière différente certes, mais complémentaire.

La Direction Générale de l’AFPA, et sa tutelle, en proposant cette prolongation des mandats, partageront avec les OS signataires, la responsabilité de ce qui va se passer dans les mois à venir : à savoir  une GPEC contrainte et arbitraire.(fermeture de centres, mutations, licenciements… ?).

Nous savons que l’attentisme et le statu quo sont les pires attitudes pour notre agence, causant anxiété et démobilisation. La CFE CGC par ses propositions, contribue à sortir de cet immobilisme, pour le bien de toutes et tous.

Verbatim CCE :  

« Le Siège est trop important, il faut le rationnaliser, a-t-on besoin de 11 étages ? Je pense qu’il faut réduire  sa voilure  pour alléger les charges des centres. » -« Le Siège apparait pour les Centres comme une nébuleuse complexe qui ne donne pas satisfaction »

 « L’âge moyen augmente de 5,28 mois en 2017. C’est un point de faiblesse. »-« 62,38% des effectifs ont 50 ans et plus (60,6%) »-« Rémunération brute moyenne en euros : 3300€ » « Avec une moyenne d’âge de plus de 48 ans, la structure démographique de l’effectif est bien plus âgée que celle des actifs en France (40 ans pour les actifs en 2015 selon une projection INSEE de 2011). »

 « Le chiffre d’Affaires est en baisse de 17% »-« l’Excédent Brut d’exploitation en dégradation de 52% par rapport à 2017. »-« Le marché Entreprises est en baisse de 13%, – 30% sur les AO des CR.»-« Le résultat net en recul de 30% par rapport à 2017. » « Les HTS régressent de -24% sur la même période de 2017 »-« Toutes les régions sont en baisse »-« « La trésorerie atteint un niveau inférieur au seuil d’alerte de 25M€ mais ne pose pas de problème car nous allons signer la prolongation des concours jusqu’à la fin de l’année avec nos banques »-«  Aujourd’hui l’EPIC prête aux filiales car il y a du retard d’encaissement sur Accès à l’Emploi. »-

 « Si un manager n’a plus personne à encadrer, nous aborderons la question avec lui. »-« Nous ferons 3 propositions et nous pourrions envisager un licenciement si refus de la part du salarié »-« On travaille sur un projet de dématérialisation totale (feuille d’émargements par exemple) »-« Depuis 2011 l’Afpa perd autour de 100, 150M€ tous les ans, cette situation est grave. Les Gréta expliquent 1/5 de la baisse du CA de l’Afpa. Le reste a été pris par les OF privés ».

 Bonne lecture  Message CFE CGC EN DIRECT DU CCE des 27 et 28 juin

CCE extraordinaire du 12 juin 2018

Cher(e)s collègues,

Vous trouverez ci-dessous le déroulé du Comité Central d’Entreprise extraordinaire du 12 juin 2018, sans les commentaires ni les interprétations des Organisations Syndicales, laissant ainsi uniquement place aux propos et informations de la Direction Générale.
 
 Vous trouverez également notre déclaration sur Prépa Compétences ainsi que le discours de la Ministre du Travail le 11 juin à l’assemblée nationale. Celui-ci confirme un bouleversement complet du paysage de la formation professionnelle et par conséquence celui de l’AFPA. Nous devrons passer d’un stade de mendicité institutionnelle à de nouvelles postures organisationnelles qui permettent d’exister durablement dans un paysage renouvelé. La concomitance des 2 ( réforme de la formation et changement à l’AFPA ) est une opportunité en ce sens..
Si à chacun d’entre nous, il y a 9 ans, on nous avait annoncé  que s’ensuivraient 9 ans de gel de salaires, personne n’y aurait cru. Nous nous protégions de la vérité avec les discours d’alors ( « notre grande maison AFPA », « notre institution »)
Aujourd’hui nul ne peut prévoir ce qui se passera. Et à ce titre depuis 5 ans, la position de la CFE CGC est claire : émettre des propositions qui peuvent paraitre provocatrices ( « le plan de départ volontaire » ), voire subversives pour un certain pouvoir en place,   afin d’anticiper les réformes prévisibles qui sont en cours. Il aurait mieux valu écouter la CFE CGC et investir ces centaines de millions d’euros  de perdus (qui constituent notre dette actuelle)  dans le domaine RH, dans les plateaux techniques, dans la qualité de vie au travail, plutôt que de les détériorer par un attentisme majeur à ne rien vouloir changer.
 
C’est en ce sens que nous avons toujours critiqué les directions successives et surtout notre tutelle dans ce que nous considérons être l’art d’exercer le pouvoir : prendre des décisions.
 Verbatim :
Orientations stratégiques : « Les orientations stratégiques ont dans leur gêne des orientations et non un plan » -« Des partenaires qui viendraient à l’AFPA auraient un statut de Résident »-« Ce sera possible aussi pour les stagiaires après leur formation qui voudraient se poser, le temps de démarrer une activité »-« AFPA Village va devenir « Village by AFPA ».-« L’objet est d’attirer des partenaires, qu’ils soient privés ou publics »-« Ce qui est porté par le Gouvernement, ce sont des logiques de co-construction. »-« Ce partenaire participera, en payant une redevance de résidence, à l’activité de l’Afpa »
 
Investissements/activité/métiers : « Nous ne pourrons pas rénover tous les centres. »-« Mon urgence absolue est de trouver de l’activité. »-« Une région est en train de réfléchir à un SIEG. »-« Cela fait 12 ans que les manageurs et les directeurs sont contrôlés de manière très forte avec du reporting très fort de la part du siège »-« Le bénéficiaire au cœur du réacteur » «  Chaque métier doit être repositionné sur des activités propres, menant à plus de valeur ajoutée. »
 
RH/GPEC/Plan de départ volontaire : « J’ai eu le journaliste qui a écrit l’article. »-« Je ne peux valider certains commentaires  (…les 2000 suppressions d’emplois) » -« Indicateur d’impact social en réflexion avec d’autres opérateurs publics et les acteurs de l’Insertion par l’Activité Economique. « -« Nous avons le souhait de nous doter d’un logiciel de gestion de compétences car le métier n’est pas la seule compétence du collaborateur »-« Nous nous ferons accompagner par un cabinet sur cette GPEC qualitative. Nous sommes en phase finale de chantier de sélection. »-« Tendance sur les 6 dernières années : 302 départs en moyenne arithmétique d’une année sur l’autre »-« Nous sommes aujourd’hui à 52 ans et 3 mois d’âge moyen, alors que nous étions à environ 50 ans en âge moyen il y a quelques années. »-« Mais la trajectoire de 1700 départs à 2022 me paraît tout à fait possible. »-« Un Plan de départ volontaire ne suffit à trouver de l’activité. Ce schéma en soi ne peut permettre d’argumenter un PDV. Ce n’est pas suffisant. »-« Le travail de GPEC est en phase de démarrage »
 
Prépa compétences : « Prépa Compétences » est un dispositif du PIC »-« L’Afpa se positionne comme prestataire associé des CEP. »-« Il ne s’agit pas de reproduire la même erreur que lors de l’orientation effectuée par les psychologues du travail de l’Afpa »-« « Prépa Compétences », ce sont des parcours sans couture, comme définit par les équipes du PIC. »-« Le dispositif, après une phase d’expérimentation, est prévu sur une durée de 5 ans »-« Il nous reste à approcher les branches professionnelles pour promouvoir ce dispositif »-« Besoin de 63 ETP de la filiale Accès à l’Emploi »-« Financement du dispositif : financement dès la demi-journée d’ouverture. »-
 
« Une plateforme collaborative sera utilisée pour permettre de questionner « -« La Direction Générale va lancer une contribution des salariés au projet de transformation de l’Afpa. »-« Après cette phase un grand séminaire national est prévu (130 personnes)-
 
Budget/trésorerie : « Marge de manœuvre très réduite fin mai (14 millions d’euros). Rappel du seuil de 25 millions d’euros pour être sûr de payer les salaires et l’Urssaf. »-« A fin juin la marge de manœuvre prévisionnelle est négative (- 23 millions d’euros).« Pour lever ce risque le principe d’avances sur le dispositif Prépa Compétences a été acté avec nos tutelles. Nous serons donc accompagnés sur des avances de trésorerie. »
 
 
La séance est levée à 17 H 40
 
Prochain CCE : 27 et 28 juin 2018,
avec un CCE extraordinaire le 27 juin matin
 
Vos élus CFE-CGC :
Alex SOUILLET, Sonia LEBRETON, Michel FEYAERTS, Fabrice OGLIASTRO
 
 
Principaux points de la réforme – Extraits :
 
Qualité des formations assurée par deux leviers :
1)      La « co-écriture » des diplômes professionnels par les branches professionnelles et par l’État ;
2) Et la certification des organismes de formation et des CFA
PRO A : Nouveau dispositif puissant de « reconversion et promotion par l’alternance ». Baptisé « Pro A », il vise à permettre aux salariés, tout en gardant leur contrat de travail et leur rémunération, d’accéder à une formation qualifiante en alternance, soit pour une promotion interne, soit pour une reconversion.
CPF :  Les droits augmentés seront de 500 euros pour tous, par an, et 800 euros pour les moins qualifiés, soit respectivement 5 000 et 8 000 euros sur dix ans.
Apprentissage :  Libéralisation de l’offre de formation et de l’énergie des nombreux réseaux de qualité qui veulent s’investir davantage, mais aussi des certains secteurs ou encore d’entreprise qui veulent créer leur CFA en interne.  Suppression de  l’autorisation administrative délivrée actuellement par la région pour créer ou développer un CFA. C’était un cas unique en Europe !
Aménagement du territoire : Enveloppe de 250 millions d’euros dédiée à l’aménagement du territoire, qui complétera le coût au contrat dans les zones rurales et dans les QPV, sera accordée aux régions.
CEP : Les actifs ne seront pas seuls. Tous ceux qui le souhaiteront pourront disposer d’un conseil en évolution professionnelle gratuit, et financé par la mutualisation,
CPF transitions En outre, la création d’un compte personnel de formation de transition, reprise de ce même accord, permettra de compléter le CPF, pour les salariés qui veulent se reconvertir par des formations longues.
Création de CPIR : Création au niveau régional de commissions paritaires interprofessionnelles dédiés à l’accompagnement des salariés
Lutter contre le travail précaire : Possibilité de mettre en place un système de bonus-malus
Redéfinition de l’action de formation :  La nouvelle favorise l’innovation pédagogique et la formation à distance.Simplification de  la réglementation du plan de formation, désormais intitulé, plan de développement des compétences.
Rétablir l’égalité des chances,  entre les femmes et les hommes : passage d’une obligation de moyens à une obligation de résultat quant à l’égalité salariale à travail de valeur égale.
Collecte : En matière de gestion des contributions de l’alternance et de la formation, une simplification radicale : 
-  un collecteur : les URSSAF au lieu de 57 ;
-  12 gestionnaires au lieu de 40 ; 
-  une cotisation au lieu de deux  ;
 
Bonne lecture
 

Message CFE-CGC aux Managers de l’Afpa

Vous trouverez ci dessous une réflexion sur le management à l’AFPA. Elle vient en écho aux réunions de renégociation du statut de Cadre dans le futur Accord National Interprofessionnel.
Plusieurs types de cadres/ d’encadrants existent. Mais le rôle qu’on lui attribue est le même : être moteur des ambitions de l’entreprise.
En interne, l’examen des situations de travail fait observer des carences incontestables. Le poids de l’histoire, nos manques de moyens peuvent être des explications fortes.
C’est le rôle d’un syndicat de cadres de poser des questions, de proposer des solutions pour avancer.
 Bonne  lecture : Quel management demain

Interview du représentant de la CFE-CGC au Conseil d’Administration

Afpa : « Les politiques doivent accepter la notion de qualité pour payer un vrai retour à l’emploi » F. Mikula, CFE-CGC

Il faut vraiment que les responsables politiques acceptent la notion de qualité pour payer un véritable retour à l’emploi », estime Franck Mikula, ancien secrétaire national de la CFE-CGC et représentant de la confédération syndicale au CA de l’Afpa. Tout en reconnaissant que l’établissement public de formation doit se transformer, et en livrant les pistes de son organisation pour cette transformation, il appelle les politiques à leurs responsabilités en matière d’investissement dans les compétences ainsi que vis-à-vis de l’Afpa. Pour lui, il n’est pas possible pour l’État et les régions de rester dans une logique de « low cost ». « Il faut certes regarder les prix, mais [aussi] ce qu’on paie. » Pour l’Afpa, il envisage que la solution passe par une démarche de GPEC, mais « sans départ contraint », et par un rôle d’appui à Pôle emploi dans la mise en œuvre du CEP.

 

L’Afpa est confrontée à des difficultés sérieuses pour se maintenir dans les marchés régionaux. Est-ce un problème d’organisation, d’adéquation à ces marchés ?

Franck Mikula : La faible capacité de l’Afpa à se vendre dans les appels d’offres régionaux fait partie des choses qui m’ont frappées. Pour autant, il faut avoir conscience que les torts sont largement partagés. Les régions veulent faire du volume, mais de manière éclatée comme cela a été fait avec le plan 500 000. Résultat, elles veulent former le plus grand nombre de stagiaires, donc elles vont au moins cher et Pôle emploi n’a pas d’autre choix que d’envoyer des grandes quantités de demandeurs d’emploi vers des stages parking.

Globalement, on n’a rien à faire de la qualité quand le volume prime sur la qualité. Des formateurs qui formaient des stagiaires chauffagistes avec des radiateurs en carton-pâte, ça s’est vu, alors que l’Afpa avait une cabine par stagiaire avec des vraies tuyauteries et de vrais radiateurs tous connectés. Certes c’est plus facile d’avoir 20 stagiaires avec un radiateur en carton d’un côté et beaucoup moins de l’autre. Dans le plan 500 000, il n’y avait pas cette notion d’investissement par les compétences.

Selon vous, l’Afpa est en capacité de se positionner dans cette logique d’investissement dans les compétences ?

Franck Mikula : On doit en même temps arrêter de perdre de l’argent et avoir une vision et des investissements sur le long terme. On ne peut plus rester dans la vision purement comptable portée par Bercy qui consiste à demander sur chaque projet ‘ça rapporte quoi ?’ Tant que nous aurons cette approche, nous allons nous planter durablement. Si on veut coller au marché pour être rentable, on va faire de la daube. En revanche, si on doit se décaler un peu et avoir une vision sur le long terme, on peut envisager un meilleur avenir pour l’Afpa.

On ne va pas fermer un centre parce qu’il va perdre de l’argent mais plutôt envisager de le réorganiser pour créer l’Afpa de demain. Cela peut vouloir dire regrouper des centres pour être plus performant. En complément, dans un avenir très proche, il faudra sérieusement se poser la question de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et ceci dans une perspective positive.

On en revient donc au serpent de mer d’une réduction des effectifs de l’Afpa qui est évoquée depuis plusieurs mois, voire plusieurs années ?

Franck Mikula : Il y aura des choix douloureux à faire à un moment ou à un autre, mais de notre point de vue il y a des éléments qui ne peuvent être remis en cause dans le processus qui devra s’engager :

  • cela ne doit pas se traduire par des suppressions d’emploi contraintes ;
  • il faut offrir des perspectives de développement à tous les salariés de l’Afpa ;
  • il faut apprendre à se positionner sur des secteurs dont on pense qu’ils constitueront le vivier des emplois de demain, même si on ne sait, par définition, pas ce qu’ils seront.

Par exemple, pour les emplois de maçon, qui est une formation historique de l’Afpa, soit la société et le gouvernement laissent faire le marché et, dans une logique jusqu’au-boutiste avec l’apport de travailleurs étrangers à bas coût, on ferme tous les centres privés ou publics forment des maçons, soit on réfléchit à la manière de faire perdurer le système en privilégiant les regroupements d’offres de formation, les logiques de partenariat. Aucun organisme de formation, CFA, Afpa ou autre, ne peut plus se permettre d’avoir 8 stagiaires et, en même temps, il faut garder un vivier de ces formations.

Vous avez également proposé dernièrement de positionner l’Afpa en tant qu’opérateur du CEP pour Pôle emploi…

Franck Mikula : Pôle emploi ne pourra pas faire tout le travail de conseil et d’orientation, car ils ne sont pas assez nombreux pour accompagner 6 millions de demandeurs d’emploi. Dans le même temps, l’Afpa fait ce travail de manière cachée et n’est pas financée sur ces actions-là, alors que cela représente des milliers et des milliers d’heures de travail.

On stigmatise le fait que l’Afpa a 160 millions de déficit mais ça s’explique aussi parce qu’il y a une partie du travail, notamment sur l’accompagnement et le conseil aux demandeurs d’emploi, qui n’est pas financé. Le fait qu’il ait maintenant des financements dédiés pour le CEP va peut-être permettre de trouver des solutions. Pôle emploi et l’Afpa pourraient aller vers des relations qui iraient au-delà de simples échanges bilatéraux, mais cela doit être inscrit dans la loi. Pour nous, il est évident que l’Afpa doit se faire financer cette mission de support du CEP pour Pôle emploi.

La situation de l’Afpa est connue depuis des années et pourtant on a l’impression que les décisions sont sans cesse repoussées…

Franck Mikula : Maintenant cela va aller vite car on doit voter le plan stratégique le 4 avril. Il faut quand même avoir conscience que les choses ont commencé à changer dans les modes de fonctionnement de l’Afpa. Par exemple, les directeurs régionaux ont été amenés à construire des plans stratégiques régionaux et c’est la première fois qu’on leur a demandé leur avis. On va s’appuyer sur les directeurs régionaux, les directeurs de centre et on va s’apercevoir, comme à chaque fois qu’on demande l’avis des salariés, qu’ils ont des idées.

Cette évolution me rend assez optimiste car, si on donne une relative autonomie aux directeurs régionaux, on verra qu’ils ont des réseaux, qu’ils ont des contacts, qu’ils ont une vision. À partir du moment où ils ont le droit d’oser des choses, ils vont se tourner vers les entreprises, vers les Crefop, vers les Carif-Oref, vers les Greta, Ils pourront construire des groupements de réponse aux appels d’offres comme cela s’est fait dans le Nord avec Hepta+ qui regroupe une quarantaine d’organismes de formation réunis sous la mandature de l’Afpa (lire sur AEF).

Il faut faire confiance aux directeurs des centres et aux directeurs régionaux, et si la structure nationale est capable de mettre cela en musique… Il n’y a pas que de l’exogène, mais il y a aussi des choses à changer en interne. Cela doit être accompagné ; on, ne doit pas se contenter de cela, cela doit être une vraie dynamique sur du moyen-long terme pour accompagner le développement de l’Afpa.

Malgré ces différents constats, vous restez optimistes pour l’avenir de l’Afpa ?

Franck Mikula : L’Afpa peut être très performante, gagner de l’argent, mais il va falloir investir. L’État va devoir payer pour construire ce schéma-là et avoir un projet. Il ne s’agit pas juste de verser 160 millions d’euros pour couvrir le déficit d’une année. La France a besoin d’un opérateur stratégique en tant que premier organisme de formation professionnelle qui couvre l’ensemble du territoire. L’Afpa fait des choses qu’aucun opérateur privé ne fera jamais et cela a un coût. Il faut s’y préparer, mais il n’y a aucune raison de ne pas réussir à vendre les compétences de l’Afpa. Il faut s’adapter, se réorganiser et là, même si nous sommes un peu plus chers que d’autres, ça passera. Si en revanche le marché n’est que du ‘low cost’, autant fermer l’Afpa tout de suite.

J’insiste sur la responsabilité des politiques. On entend souvent des responsables politiques dire au CA que l’Afpa est trop chère. D’abord, c’est une affirmation qui doit être démontrée car je ne suis pas sûr que ce soit vrai. Ensuite, ces mêmes interlocuteurs, quand ils commencent à prendre connaissance de ce que fait l’Afpa, disent que c’est génial, qu’il faut développer telle ou telle chose dans leur région, dans leur périmètre d’activité. Ce serait à eux de le faire mais ils nous répondent que ce sont les responsables et directeurs techniques qui décident… C’est trop facile d’argumenter ainsi sa propre irresponsabilité. Il faut vraiment que les responsables politiques acceptent la notion de qualité pour payer un véritable retour à l’emploi. Sinon, on entretient une véritable bombe à retardement.

S’ils font du volume sans état d’âme, l’Afpa continuera d’être plus chère. Il faut certes regarder les prix, mais regarder ce qu’on paie. Si l’État veut faire la course au low cost, ce n’est pas l’Afpa qui perd mais la France toute entière.

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