Interview d’André Thomas

Que vous inspire la situation syndicale à l’AFPA :  des revirements de situation, une intersyndicale qui se fissure, voire même se combat…. ?

Je crois que les salariés en ont un peu marre. On assiste dans les syndicats, sauf le nôtre, à ce qui se passe dans la société avec les partis traditionnels : un décrochage entre leurs représentants et leur base, un décrochage avec les salariés. A contrario, la CFE CGC est à contre-courant, très dynamique et riche des multiples profils de ses nombreux nouveaux adhérents qui sont venus nous rejoindre sur nos idées. C’est le seul syndicat qui se développe. Mais ce n’est pas le plus important : d’une certaine manière c’est le rôle des syndicats à l’AFPA et dans la société qu’il faut complètement repenser car les enjeux d’avenir sont considérables

Dans le cas précis du PSE ou du PDV que vous portez depuis 3 ans déjà …. ?

Le combat qu’a mené la CFE CGC pour obtenir le PDV a été long, très difficile. Vous savez, on préfère être maître de l’invisible et réussir plutôt que d’être maître des apparences et ne rien obtenir du tout : c’est-à-dire ne pas être représentatif et aboutir à un PDV plutôt que de l’être et rien obtenir du tout. Nous ne sommes plus dans une société uniquement basée sur le rapport de force pour syndicalement obtenir quelque chose. Les derniers exemples de conflit sociaux dans des entreprises en difficultés en sont la preuve. Il y  d’autres voies, d’autres formes de pensée qui syndicalement aboutissent aussi à des résultats.

Comment voyez-vous les semaines qui viennent ?

Certains syndicats (CGT et SUD) sont restés fidèles à leur position sur le PSE – pourtant contraire aux nôtres. On ne peut pas leur en vouloir : ils sont restés logiques avec eux-mêmes et avec leur conviction. C’est tout à leur honneur.

D’autres ( la CFDT et FO ) qui faisaient partie de l’intersyndicale il y a peine 2 mois, qui avaient voté pour Maître Rilov et sa stratégie ( le refus du PSE et de toute négociation, la judiciarisation à l’extrême), ont subitement changés de position. C’est aussi leur droit. Quelque part la CFE CGC s’en félicite car beaucoup de nos propositions sont reprises. Et on les invite à venir s’asseoir à notre table, à des collègues qui ont vu venir le coup 3 ans plus tôt.

Mais le PDV n’est pas encore officialisé ?

Même si à cette heure il n’y a aucune annonce de faite, le PDV que nous prônons depuis 3 ans à l’AFPA, et dans les ministères via le travail de lobbying de notre confédération, sera une relative satisfaction s’il aboutit pour quelques centaines de salariés. Quelles que soient les annonces qui seront faites – ou pas, la CFE CGC pense qu’on aurait pu faire beaucoup mieux, plus, et plus tôt. Car s’il avait eu auparavant les élections professionnelles cela aurait débloqué les choses. Notre nouvelle équipe aurait été peut-être représentative et nous aurions pu négocier alors à des hauteurs plafonds supérieures à ce qu’elles vont être proposées.

Comment vous êtes-vous rendus compte que ce PSE ou peut-être ce PDV était inévitable pour l’avoir proposé officiellement dès 2016 ?

Avec la nouvelle équipe en place qui a repris le syndicat en 2015, à partir des documents que nous détenions tous à l’époque, il était facile de tirer des conclusions sur ce qui allait se passer 3 ans plus tard tant au niveau économique, financier que humain. Je pense que c’est le corpus social de l’AFPA qui s’est mené en bateau tout seul et a mené tous les salariés avec sur la réalité des chiffres et la situation sociale. Selon moi on ne fait pas le même genre de syndicalisme dans une entreprise bénéficiaire que dans une entreprise qui périclite, dans la fonction publique que dans le privé. Le dénominateur commun est toujours la défense de l’humain, des salariés, mais l’environnement et les contraintes sont différentes.

Déjà que Yves Barou nous avait ri au nez en 2013 quand on lui avait proposé de faire passer l’association 1901 en EPIC…. alors quand je lui ai parlé de PDV en 2016, il est tombé des nues. On vient de perdre 3 ans et 500 millions d’euros, de subir 9 ans de gel des salaires, ce n’est pas assez ?  On veut non seulement sauver nos emplois mais les améliorer.

Vous avez quand même des motifs d’espoir ?

Oui. La CFE CGC a toujours eu la même ligne de conduite, les mêmes prises de positions. Il y a tant de choses à faire pour que l’AFPA survive et vive mieux. C’est indispensable de renouer avec l’esprit critique plutôt que de favoriser l’auto censure permanente pour penser l’avenir de l’AFPA. On ne peut plus encaisser l’autocensure permanente. C’est elle qui est génératrice de lâcheté, de déloyauté, d’hypocrisie et de mensonges, à tous les étages. Alors qu’il faut faire l’inverse, récompenser l’initiative individuelle, les résultats collectifs, faire confiance en l’innovation si et seulement si elle concerne l’intérêt de tous.

La question n’est pas de savoir si untel ou untel a raison mais de collaborer ensemble avec suffisamment d’esprit critique pour arriver à faire vivre l’AFPA de demain. On en est là aujourd’hui. Et là, on a besoin de tous les syndicats. Car si les syndicats ne le font pas et ne le montrent pas, comment les salariés pourraient-ils le faire sur le terrain ?

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