Interview du représentant de la CFE-CGC au Conseil d’Administration

Afpa : « Les politiques doivent accepter la notion de qualité pour payer un vrai retour à l’emploi » F. Mikula, CFE-CGC

Il faut vraiment que les responsables politiques acceptent la notion de qualité pour payer un véritable retour à l’emploi », estime Franck Mikula, ancien secrétaire national de la CFE-CGC et représentant de la confédération syndicale au CA de l’Afpa. Tout en reconnaissant que l’établissement public de formation doit se transformer, et en livrant les pistes de son organisation pour cette transformation, il appelle les politiques à leurs responsabilités en matière d’investissement dans les compétences ainsi que vis-à-vis de l’Afpa. Pour lui, il n’est pas possible pour l’État et les régions de rester dans une logique de « low cost ». « Il faut certes regarder les prix, mais [aussi] ce qu’on paie. » Pour l’Afpa, il envisage que la solution passe par une démarche de GPEC, mais « sans départ contraint », et par un rôle d’appui à Pôle emploi dans la mise en œuvre du CEP.

 

L’Afpa est confrontée à des difficultés sérieuses pour se maintenir dans les marchés régionaux. Est-ce un problème d’organisation, d’adéquation à ces marchés ?

Franck Mikula : La faible capacité de l’Afpa à se vendre dans les appels d’offres régionaux fait partie des choses qui m’ont frappées. Pour autant, il faut avoir conscience que les torts sont largement partagés. Les régions veulent faire du volume, mais de manière éclatée comme cela a été fait avec le plan 500 000. Résultat, elles veulent former le plus grand nombre de stagiaires, donc elles vont au moins cher et Pôle emploi n’a pas d’autre choix que d’envoyer des grandes quantités de demandeurs d’emploi vers des stages parking.

Globalement, on n’a rien à faire de la qualité quand le volume prime sur la qualité. Des formateurs qui formaient des stagiaires chauffagistes avec des radiateurs en carton-pâte, ça s’est vu, alors que l’Afpa avait une cabine par stagiaire avec des vraies tuyauteries et de vrais radiateurs tous connectés. Certes c’est plus facile d’avoir 20 stagiaires avec un radiateur en carton d’un côté et beaucoup moins de l’autre. Dans le plan 500 000, il n’y avait pas cette notion d’investissement par les compétences.

Selon vous, l’Afpa est en capacité de se positionner dans cette logique d’investissement dans les compétences ?

Franck Mikula : On doit en même temps arrêter de perdre de l’argent et avoir une vision et des investissements sur le long terme. On ne peut plus rester dans la vision purement comptable portée par Bercy qui consiste à demander sur chaque projet ‘ça rapporte quoi ?’ Tant que nous aurons cette approche, nous allons nous planter durablement. Si on veut coller au marché pour être rentable, on va faire de la daube. En revanche, si on doit se décaler un peu et avoir une vision sur le long terme, on peut envisager un meilleur avenir pour l’Afpa.

On ne va pas fermer un centre parce qu’il va perdre de l’argent mais plutôt envisager de le réorganiser pour créer l’Afpa de demain. Cela peut vouloir dire regrouper des centres pour être plus performant. En complément, dans un avenir très proche, il faudra sérieusement se poser la question de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et ceci dans une perspective positive.

On en revient donc au serpent de mer d’une réduction des effectifs de l’Afpa qui est évoquée depuis plusieurs mois, voire plusieurs années ?

Franck Mikula : Il y aura des choix douloureux à faire à un moment ou à un autre, mais de notre point de vue il y a des éléments qui ne peuvent être remis en cause dans le processus qui devra s’engager :

  • cela ne doit pas se traduire par des suppressions d’emploi contraintes ;
  • il faut offrir des perspectives de développement à tous les salariés de l’Afpa ;
  • il faut apprendre à se positionner sur des secteurs dont on pense qu’ils constitueront le vivier des emplois de demain, même si on ne sait, par définition, pas ce qu’ils seront.

Par exemple, pour les emplois de maçon, qui est une formation historique de l’Afpa, soit la société et le gouvernement laissent faire le marché et, dans une logique jusqu’au-boutiste avec l’apport de travailleurs étrangers à bas coût, on ferme tous les centres privés ou publics forment des maçons, soit on réfléchit à la manière de faire perdurer le système en privilégiant les regroupements d’offres de formation, les logiques de partenariat. Aucun organisme de formation, CFA, Afpa ou autre, ne peut plus se permettre d’avoir 8 stagiaires et, en même temps, il faut garder un vivier de ces formations.

Vous avez également proposé dernièrement de positionner l’Afpa en tant qu’opérateur du CEP pour Pôle emploi…

Franck Mikula : Pôle emploi ne pourra pas faire tout le travail de conseil et d’orientation, car ils ne sont pas assez nombreux pour accompagner 6 millions de demandeurs d’emploi. Dans le même temps, l’Afpa fait ce travail de manière cachée et n’est pas financée sur ces actions-là, alors que cela représente des milliers et des milliers d’heures de travail.

On stigmatise le fait que l’Afpa a 160 millions de déficit mais ça s’explique aussi parce qu’il y a une partie du travail, notamment sur l’accompagnement et le conseil aux demandeurs d’emploi, qui n’est pas financé. Le fait qu’il ait maintenant des financements dédiés pour le CEP va peut-être permettre de trouver des solutions. Pôle emploi et l’Afpa pourraient aller vers des relations qui iraient au-delà de simples échanges bilatéraux, mais cela doit être inscrit dans la loi. Pour nous, il est évident que l’Afpa doit se faire financer cette mission de support du CEP pour Pôle emploi.

La situation de l’Afpa est connue depuis des années et pourtant on a l’impression que les décisions sont sans cesse repoussées…

Franck Mikula : Maintenant cela va aller vite car on doit voter le plan stratégique le 4 avril. Il faut quand même avoir conscience que les choses ont commencé à changer dans les modes de fonctionnement de l’Afpa. Par exemple, les directeurs régionaux ont été amenés à construire des plans stratégiques régionaux et c’est la première fois qu’on leur a demandé leur avis. On va s’appuyer sur les directeurs régionaux, les directeurs de centre et on va s’apercevoir, comme à chaque fois qu’on demande l’avis des salariés, qu’ils ont des idées.

Cette évolution me rend assez optimiste car, si on donne une relative autonomie aux directeurs régionaux, on verra qu’ils ont des réseaux, qu’ils ont des contacts, qu’ils ont une vision. À partir du moment où ils ont le droit d’oser des choses, ils vont se tourner vers les entreprises, vers les Crefop, vers les Carif-Oref, vers les Greta, Ils pourront construire des groupements de réponse aux appels d’offres comme cela s’est fait dans le Nord avec Hepta+ qui regroupe une quarantaine d’organismes de formation réunis sous la mandature de l’Afpa (lire sur AEF).

Il faut faire confiance aux directeurs des centres et aux directeurs régionaux, et si la structure nationale est capable de mettre cela en musique… Il n’y a pas que de l’exogène, mais il y a aussi des choses à changer en interne. Cela doit être accompagné ; on, ne doit pas se contenter de cela, cela doit être une vraie dynamique sur du moyen-long terme pour accompagner le développement de l’Afpa.

Malgré ces différents constats, vous restez optimistes pour l’avenir de l’Afpa ?

Franck Mikula : L’Afpa peut être très performante, gagner de l’argent, mais il va falloir investir. L’État va devoir payer pour construire ce schéma-là et avoir un projet. Il ne s’agit pas juste de verser 160 millions d’euros pour couvrir le déficit d’une année. La France a besoin d’un opérateur stratégique en tant que premier organisme de formation professionnelle qui couvre l’ensemble du territoire. L’Afpa fait des choses qu’aucun opérateur privé ne fera jamais et cela a un coût. Il faut s’y préparer, mais il n’y a aucune raison de ne pas réussir à vendre les compétences de l’Afpa. Il faut s’adapter, se réorganiser et là, même si nous sommes un peu plus chers que d’autres, ça passera. Si en revanche le marché n’est que du ‘low cost’, autant fermer l’Afpa tout de suite.

J’insiste sur la responsabilité des politiques. On entend souvent des responsables politiques dire au CA que l’Afpa est trop chère. D’abord, c’est une affirmation qui doit être démontrée car je ne suis pas sûr que ce soit vrai. Ensuite, ces mêmes interlocuteurs, quand ils commencent à prendre connaissance de ce que fait l’Afpa, disent que c’est génial, qu’il faut développer telle ou telle chose dans leur région, dans leur périmètre d’activité. Ce serait à eux de le faire mais ils nous répondent que ce sont les responsables et directeurs techniques qui décident… C’est trop facile d’argumenter ainsi sa propre irresponsabilité. Il faut vraiment que les responsables politiques acceptent la notion de qualité pour payer un véritable retour à l’emploi. Sinon, on entretient une véritable bombe à retardement.

S’ils font du volume sans état d’âme, l’Afpa continuera d’être plus chère. Il faut certes regarder les prix, mais regarder ce qu’on paie. Si l’État veut faire la course au low cost, ce n’est pas l’Afpa qui perd mais la France toute entière.

MESSAGE AUX MANAGERS DE L’Afpa

Bonjour à toutes et à tous,

Lors de la réunion de préparation sur l’agenda social du 21 décembre dernier, nous avons été la seule organisation syndicale à demander à la Direction des Ressources Humaines une réunion sur les métiers de l’encadrement.  Nous avons réitéré cette demande  à la Direction Générale il y a 15 jours. Pourquoi ? Parce que vous êtes de plus en plus nombreux à nous écrire, pour nous dire  que :

« Je n’arrive pas à gérer des gens sans activité, depuis des mois à proximité d’autres qui sont en suractivité. Humainement c’est impossible ! »

« Vaut-il mieux être en classe 12 ou en classe 13 si on se rapporte à l’heure travaillée ? » 

« La RH gère des codes agents  et en même temps,  je n’ai jamais vu de ma vie professionnelle autant de gens élus pour défendre les autres. Un vrai paradoxe, non ? »

« Nous sommes devenus, tout l’inverse d’une boîte dynamique qui change, qui bouge, qui va de l’avant, tout cela est du manque de courage »

« On nous demande de nous lancer sur des nouvelles méthodes pédagogiques, mais sans RH et sans moyen, car « il faut tenir dans l’enveloppe »

« On remplace mon collègue MF sur le Bâtiment. On nous dit « il vient de l’extérieur, n’a pas fait de management, ni de BTP, mais il est très bien ». Dites-moi quelle est la stratégie, quel sens, où allons-nous ainsi ? »

« Discours, méthodes, rien n’a changé depuis le plan stratégique, cette violence est inouïe et inconcevable dans une boîte où on prône l’utilité sociale et le dialogue… »

 » Je travaille le plus souvent  en  urgence, en mode « pompier », mais finalement « noyé » par manque d’anticipation »

« Cette boutique est de plus en plus irrespectueuse des personnes »

« Je suis souvent « à sec » obligé d’aller à la pêche aux infos sur la formation »

«Les entretiens annuels servent les statistiques, mais servent-ils les salariés ? en évolution et en reconnaissance ? »

 Etc etc…..

La liste de vos doléances ne nous oblige pas à les commenter mais à dire, comme vous le relayez finalement, qu’il n’y a jamais eu autant d’injustice dans cette entreprise et jamais autant de gens pour s’en occuper. Pourtant nous sommes persuadés que les moyens de nous relever sont là à condition d’avoir d’autres pratiques, d’autres visions et d’autres organisations, plus proches du terrain et plus respectueuses, en un mot retrouver une Qualité de vie au travail et retrouver un Travail de qualité.

Pour la CFE CGC, le management de proximité est au cœur du système, et il s’agira d’ouvrir des négociations à ce sujet, dans les plus brefs délais (dès lors que les élections professionnelles auront eu lieu) sur le sens de l’encadrement, de ses moyens.

Il est temps de s’interroger si le management a tout simplement les moyens d’agir. Mais tant qu’à l’Afpa, il n’y aura pas les moyens de reconnaître le travail, de valoriser et d’accompagner vos équipes, votre image sera un leurre. C’est pour cela que nous demanderons aussi formellement, après les élections professionnelles d’entamer des négociations sur l’intéressement.

Notre histoire associative vieille de 68 ans s’est terminée le 31 décembre 2016 et le management ne peut plus être celui de hier. Le PIC, la réforme de la formation  professionnelle et sans doute le conseil d’Administration du 26 mars nous donneront de nouvelles perspectives avec l’opportunité, sans doute, suite aux décisions qui seront prises, de réussir notre changement organisationnel. Il s’agit là d’une chance inespérée qui ressort d’une responsabilité individuelle et collective.

A un moment où Facebook et Google investissent dans la formation numérique, « gratuite » et accessible à tous (lire ci-dessous), en partenariat avec Pôle Emploi, à un moment où des négociations interprofessionnelles ont lieu pour redéfinir le statut de l’encadrement (lire ci-dessous), à un moment où notre président confédéral, François HOMMERIL souhaite que l’on redonne confiance aux cadres ( lire ci-dessous) il est grand temps de s’interroger, de revisiter nos pratiques, notre propre responsabilité, d’être lucide sur nos carences et d’avoir une vision globale pour l’agence et ses filiales. Sans vous, ce ne sera pas possible, contre vous non plus.

Mais avec vous toutes et tous, ce qui est le sens de notre action syndicale, nous relèverons le défi.

Ouverture des négociation interprofessionnelles sur le statut de l’Encadrement message CFE CGC

Redonner la confiance aux cadres – François Hommeril

Google et Facebook investissent dans la formation

Lettre ouverte de la CFE-CGC Afpa au Conseil d’Administration

A la vue de la situation financière plus que critique de l’Agence, la CFE CGC écrit au Conseil d’Administration.

Ci dessous quelques extraits :

« Par cette lettre, nous demandons au conseil d’administration de l’AFPA de prendre ses responsabilités. Celles qui lui sont dues. Théoriquement. ».
« –72 025 000 € de résultat net au 30 juin  2017 (déficit de 72 M €  qui se cumule à notre dette existante) ».
 
« La puissance publique a le choix : financer nos pertes, par centaines de millions (passées et futures) ou financer l’avenir ? »
 
« la CFE CGC a réclamé « un plan Marshall RH, patrimonial et pédagogique ».
 
« Encore faut-il que l’Afpa ait une stratégie claire, lisible, efficace économiquement et respectable humainement ». … « dans un avenir où tout s’inscrit partiellement ou totalement en numérique ». « A l’heure où des concurrents ont pour objectif des millions d’inscrits en e-learning à l’horizon 2020, croire que cela se fera chez nous, sans des investissements RH et financiers massifs est illusoire. »…….

Déclaration CFE-CGC Afpa sur l’intéressement pour tous

Des écarts de 10 000 € à chaque strate, une politique d’intéressement qui ne voit pas le jour, le système est-il viable ? surtout lorsqu’on demandera aux uns ( les 2 filiales ) de donner 80 % de l’activité à l’ autre (l’EPIC) …

Nous ne voulons  ignorer ni les uns ni les autres, d’où notre déclaration qui a pour but de concevoir un « fruit commun ».

la suite ici : l-interessement-pour-epic-et-ses-2-filiales

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